Cette stratégie repose d’abord sur l’idée qu’un marché dynamique et porteur s’offre au nucléaire français en Europe et dans le monde. La dimension exportatrice a de longue date constitué une part importante de la justification d’un programme historiquement associé à la reconquête par le pays de sa grandeur internationale. Depuis la fin des années quatre-vingt-dix, l’industrie nucléaire française entretient ainsi l’idée que l’énergie nucléaire est la seule susceptible de répondre à des besoins énergétiques mondiaux en forte croissance en produisant massivement de l’énergie non carbonée. Elle a théorisé la reprise des commandes de réacteurs du début des années deux-mille comme une formidable « renaissance » du nucléaire, revendiquant d’en occuper le premier plan. Encouragée par le caractère massif, et donc plus visible, des projets nucléaires par rapport au développement beaucoup plus diffus des énergies renouvelables, elle impose l’idée que ces dernières sont condamnées à un rôle d’appoint. Cette vision est de plus en plus éloignée de la réalité. Après avoir atteint un pic de 17,6 % de la production mondiale d’électricité au milieu des années quatre-vingt-dix, le nucléaire a vu sa part décroître à 10,8 % en 2014. Entre 2000 et 2014, la capacité nucléaire en service n’a augmenté que de 7,5 %, soit environ 7 fois moins vite que l’ensemble de la capacité de production électrique mondiale (si l’on déduit les 48 réacteurs arrêtés durablement au Japon, la capacité nucléaire a même diminué de 6 % sur cette période). Ce déclin du nucléaire est appelé à s’accélérer dans la mesure où les nouvelles constructions de réacteurs, entre 65 et 70 selon les décomptes, ne sont actuellement pas assez nombreuses pour compenser les fermetures d’un parc mondial vieillissant (439 unités exploitées depuis plus de 29 ans en moyenne). Les investissements dans la production nucléaire ne représentent en moyenne, depuis 2010, que moins de 10 Md$ par an dans le monde. En comparaison, les énergies renouvelables connaissent une dynamique très forte. Elles représentent sur la même période (2000-2014) des investissements supérieurs à 150 Md$ en moyenne, et leur part dans la production mondiale d’électricité, en croissance continue, atteignait 22,8 % en 2014.