L’industrie d’aujourd’hui diffère profondément de l’industrie d’hier dans les produits qu’elle fabrique, les procédés qu’elle utilise, les contraintes qu’elle subit ou les relations qu’elle entretient avec le secteur des services. Ce n’est pas un concept homogène et ses frontières sont de plus en plus difficiles à délimiter. L’imbrication avec les services est une des grandes mutations qui s’impose à l’industrie. Elle est telle que l’approche statistique de l’industrie se complexifie. La classification des activités entre industries et services devient de plus en plus difficile dans certains secteurs ainsi qu’en témoignent les réflexions en cours de l’INSEE. Les industries consomment des services internalisés ou externalisés, mais elles sont aussi vendeuses de services associés à des produits. Dans le premier cas, les services, gestionnaires de nombreuses "fonctions support" (informatique, comptabilité, logistique, marketing par exemple) constituent des coûts et sont de plus en plus fréquemment confiés à des prestataires extérieurs. Dans le second cas, ils apportent des prestations complémentaires aux acheteurs et de précieuses recettes aux industries. Dans les périodes de réduction des ventes, les services associés aux produits permettent de maintenir des flux de revenus. Eurocopter et les recettes de la maintenance de ses 11 300 hélicoptères en service dans 149 Etats en 20112 est un exemple des avantages de ce modèle. Opposer industries et services serait donc une erreur. Ces deux activités sont très complémentaires. La croissance des services dans les années 2000 résulte principalement de celle des services aux entreprises. L’industrie demeure un des principaux moteurs de l’activité économique. Son effet d’entrainement sur l’économie est élevé en raison notamment de ses consommations intermédiaires. La Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale (DATAR) a évalué en 2004 à 0,7 euro la consommation de produits intermédiaires pour 1 euro de production industrielle contre 0,4 euro pour les services3 . La fragmentation des processus de production, l’amélioration des systèmes d’éducation et d’enseignement supérieur et les progrès des technologies de l’information et de la communication constituent d’autres mutations que connaît aujourd’hui l’industrie. Ces mutations s’accompagnent de nouvelles stratégies d’organisation de la chaîne de la valeur ajoutée. Les entreprises se recentrent sur les étapes qui dégagent le maximum de valeur ajoutée (conception et marketing) ou revêtant une importance stratégique (assemblage) en s’appuyant sur fournisseurs et sous- traitants pour la fabrication des composants. Dans certains secteurs, cela va jusqu’à l’utilisation du modèle de la "fabless company" ("l’entreprise sans usine"). L’électronique est un exemple de domaine privilégiant cette évolution. Les grandes sociétés informatiques comme Apple et Dell appliquent également ce modèle. Enfin, autre grand facteur de mutation, l’industrie est aujourd’hui confrontée à de nouveaux défis sociétaux qui imposent de nouveaux enjeux et de nouvelles contraintes pour la production : le changement climatique, le développement durable, le vieillissement de la population, etc.